Archive pour le mot-clef ‘climat’

Eau et Climat, Eau et Energie, Question Majeure pour notre Avenir

samedi 14 février 2015

Le 3 février, l’ONEMA (Office National de l’Eau et des Milieux aquatiques) a organisé un important colloque à Paris dont je présidais le comité de pilotage.

Thème « Eau et Climat: Comment se parlent scientifiques et politiques pour agir ? »

Les échanges ont été très intéressants et ont montré combien il faut tout faire pour promouvoir un dialogue renforcé entre scientifiques et élus sur le sujet eau et changement climatique, eau et énergie. Il s’agit de porter la question de l’eau dans les discussions liées au climat; évidemment concernant l’adaptation au changement climatique mais aussi pour montrer la nécessité de renforcer son atténuation.

En tant qu’élu, en tant que responsable politique, est-on bien informé pour les décisions ? Les outils sont-ils connus ?

Ce n’est pas forcément simple. Les élus sont extrêmement sollicités par leur présence dans de nombreuses réunions en relation avec la population. Ils doivent, quand ce sont des élus à des postes responsables, prendre des décisions ou acter des choix au jour le jour.

C’est pourquoi, en connaissance, ils se concentrent sur 2 ou 3 domaines, pas plus. Il est ainsi quasi-impossible pour eux d’aller au fond des dossiers d’experts. Ce sont le plus souvent leurs collaborateurs qui fournissent les éléments en synthèse, synthèse souvent très forte.

Et la vraie difficulté, c’est que les collaborateurs n’ont pas toujours en temps voulu les outils d’information. Le temps est souvent très court entre l’information et la décision à prendre. Il arrive même que les décisions prises, les outils décidés au niveau national et devant être mis en application au niveau local ne sont pas transmis ! Cela a notamment été le cas du Plan National d’Adaptation au Changement Climatique, vrai outil pour les décideurs, dont le Comité de Bassin de l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne que je présidais n’a pas eu connaissance.

Il faut donc faire évoluer les outils et méthodes afin qu’ils soient plus adaptés aux besoins pour informer les décideurs. Prévoir des résumés bien sûr. Mais que ce soient de vrais synthèses explicatives sans être seulement le libellé de conclusions. Et qu’au delà de ce résumé, les liens soient faits dans la présentation avec les autres politiques concernées. Ainsi pour l’eau, les réglementations sont nombreuses (SDAGE, Plans Risques Inondations, Urbanisme, Déchets…).

Et je pense qu’au delà, les échanges entre décideurs et les techniciens membres des structures concernées  doivent être renforcés. Pour ma part toute ma connaissance sur les questions liées au changement climatique m’a été apportée par l’audition directe au parlement des plus grands experts et scientifiques dans ce domaine. J’ai tout appris en un temps assez court du fait de la qualité des personnes auditionnées. Et depuis tout s’est révélé exact !

Les regards croisés que nous avons eu à l’Académie de l’Eau dans un colloque franco-asiatique le 10 février n’ont fait que le confirmer. Echanges très instructifs avec l’Inde, le Japon, La Birmanie, le Vietnam…

De quoi nous motiver pour de vrais solutions aux problèmes liés à la qualité et à la quantité de l’eau, aux politiques énergétiques à mener pour limiter et à terme stopper les émissions de gaz à effet de serre.

Serge Lepeltier

14/02/2015

Transition énergétique: Indispensable à la lutte contre le changement climatique

lundi 7 juillet 2014

La communication faite en conseil des ministres sur la future loi de programmation pour un nouveau modèle énergétique français apparaît pragmatique.

La future loi peut répondre aux objectifs de lutte contre le changement climatique. Ils sont clairement définis avec en particulier la réduction de 40% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à celles de 1990.

Les évolutions envisagées dans le secteur des transports apparaissent toutefois insuffisantes eu égard aux émissions très élevées de gaz à effet de serre de ce secteur.

Les incitations et obligations envisagées dans le secteur du bâtiment (allègement fiscal, éco-prêt à taux zéro…) sont plus cohérentes et en fait indispensables pour relancer la construction et la rénovation en déperdition totale aujourd’hui. Et ceci avec l’objectif de diminution des gaz à effet de serre.

Mais le diable se situe dans les détails !

Et il conviendra d’être très vigilant sur le texte lui-même du projet de loi de programmation, sur les lois d’application et encore plus sur les applications règlementaires avec les normes qui en découlent.

Ainsi, suite au grenelle de l’environnement, le texte d’application de la règlementation thermique (RT 2012) méconnaît les objectifs sur la transition énergétique: priorité à la maîtrise  des émissions de gaz à effet de serre et soutien au développement des énergies renouvelables, notamment l’éolien et le photovoltaïque. Il aboutit à un déséquilibre en faveur des énergies plus émettrices de gaz à effet de serre et participant au déséquilibre de notre balance commerciale.

La vigilance sera donc indispensable pour renforcer le côté positif de cette transition énergétique et aboutir à une vraie lutte contre le changement climatique.

Serge Lepeltier

07/07/14

 

Eau et Climat: Un Enjeu Majeur

lundi 9 juin 2014

L’objectif des négociations internationales sur le Climat est d’aboutir, lors de la Conférence des Parties (Cop 21) à Paris fin 2015, à un nouvel accord global entre l’ensemble des pays du monde, pays développés, pays émergents, pays en développement.

Deux grands thèmes sont en permanence abordés. En premier la question de l’atténuation des gaz à effet de serre. En second la question de l’adaptation au changement climatique.

Et au sein de l’adaptation, le secteur de l’eau est le plus concerné. Or le lien entre Eau et Climat, enjeu majeur, est rarement mis en avant.

Toutefois de nombreux pays ont conscience des risques de sécheresse avec une accentuation des stress hydriques et des risques d’inondation.

Mais les conséquences du changement climatique sur la qualité de l’eau sont le plus souvent occultées. Alors qu’elles peuvent être gravissimes.

C’est pourquoi l’Office National de l’Eau et des Milieux Aquatiques (ONEMA) a décidé d’organiser début 2015 une conférence sur les liens à renforcer entre les scientifiques de l’eau et les décideurs politiques sur cette question Eau-Climat.

J’en préside le Comité de Pilotage et l’Académie de l’Eau en tant que telle participe aux travaux de préparation du séminaire.

Serge Lepeltier

09/06/14

Durban: un accord indispensable pour l’avenir.

mardi 13 décembre 2011

Après un travail de 2 semaines particulièrement intensif, les négociations de Durban ont abouti à un accord.

 

Beaucoup diront qu’il est insuffisant. On peut le comprendre mais un accord entre plus de 190 pays est toujours un compromis qui ne peut pas être l’idéal souhaité par chacun des participants. Et le choix final doit se faire entre un compromis acceptable par tous ou l’échec qui pourrait remettre en cause tout le processus.
 

Lutter contre le changement climatique est aujourd’hui plus qu’urgent. Et l’accord de Durban poussera l’ensemble des pays du monde à amplifier leur action, ce qui est l’objectif final.
 

Cet accord est clairement lié aux propositions faites par l’Union Européenne et la dynamique qu’elle a insufflée, à laquelle ont largement participé la France et notre ministre, Nathalie Kosziusko-Morizet. Ceci a permis de conduire l’ensemble des pays émetteurs à faire évoluer leur position.
 

Au delà de la 2ème période d’engagement du protocole de Kyoto qui a été décidée, ce qui était essentiel pour nous, le processus de négociation vers un accord global en 2015, comprenant l’ensemble des pays du monde est lancé. C’est un tournant essentiel pour l’avenir.

 Comme je l’ai toujours pensé, l’ambition, et les actions qui en découlent, de la France, de l’Europe et de ses 500 millions d’habitants contre le changement climatique, entraine le Monde vers ce qui est indispensable pour préserver la planète, notre maison commune.
 

Serge LEPELTIER

13-12-2011

Conférence de Durban sur les changements climatiques : économie et climat intimement liés.

jeudi 1 décembre 2011

La Conférence de Durban sur les changements climatiques, qui se tient du 28 novembre au 9 décembre 2011, est la 17e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP-17) et la 7e Réunion des Parties au Protocole de Kyoto (CMP-7).

 

Aujourd’hui, même si le changement climatique est sorti du spectre médiatique occupé par la crise économique et financière, il n’en demeure pas moins vrai que stratégie économique et stratégie climatique sont indissociablement liées pour l’avenir.
 

L’un n’ira pas sans l’autre, en positif ou en négatif.
 

En décembre 2010, lors de la conférence de Cancun, l’ambition affichée était de limiter à 2°C la hausse des températures. Or, les études les plus récentes menées par les experts du GIEC montrent que cette hausse pourrait atteindre 5 à 6°C.
 

Nous en connaissons les conséquences particulièrement désastreuses : inondations, sécheresse, déclin des récoltes, migration de millions de personnes…
 

Les pays en développement seront bien sûr les plus touchés. Mais les pays développés le seront également car le coût des dommages dus aux phénomènes climatiques pourrait atteindre à lui seul 1% du PIB mondial par an d’ici le milieu du siècle.
 

Ainsi, les marchés financiers mondiaux pourraient être largement touchés au travers de coûts d’assurances plus élevés et plus volatils.
 

Au final, le coût de l’inaction sera tel que la réduction de la consommation par habitant, et donc du PIB, pourrait aller jusqu’à 20%.
 

Les études actuelles démontrent qu’investir 1% du PIB contribuerait à limiter très fortement les effets du changement climatique.

 

Si lutter contre le changement climatique est évidemment un objectif écologique, c’est donc aussi fortement un objectif économique.
 

C’est la raison pour laquelle les négociations internationales de Durban sont déterminantes pour l’avenir.
 

Les positions des Etats, des groupes d’Etats, sont très diverses. Mais la France, très impliquée, travaille à rapprocher les points de vue. L’objectif est de faire le plus possible et de le faire ensemble.
 

Il ne faut pas négliger le risque d’échec et il faut donc faire en sorte que Durban soit un pas important dans la bonne direction grâce à une mise en application opérationnelle des accords de Cancun et une seconde période du Protocole de Kyoto qui s’inscrirait dans un accord plus large que les seuls pays développés et comprenant à terme l’ensemble des pays du monde.
 

En faisant œuvre de pédagogie et d’exemplarité grâce au Grenelle de l’Environnement, la France ne lâchera pas la pression, en phase avec l’Europe, pour qu’au bout du compte ce soit l’ensemble des pays du monde qui soit responsable dans une démarche commune.
 

Serge LEPELTIER

01-12-11

La Conférence de Cancún sur le climat.

lundi 13 décembre 2010

La 16e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (COP16) et la 6ème réunion des Parties au Protocole de Kyoto (MOP6) s’est tenue à Cancún (Mexique) du lundi 29 novembre au vendredi 10 décembre 2010.

Elles ont rassemblé 192 états, un an après la conférence de Copenhague qui n’était pas parvenue à une décision des Nations Unies sur le régime de lutte contre le changement climatique après 2012.
 

Les pays rassemblés à Cancun ont adopté un texte déclinant une série de mécanismes pour lutter contre le changement climatique. On y retrouve notamment l’élaboration de plans nationaux pour lutter contre le changement climatique et la création d’un Fonds vert pour aider les pays en développement.
 

Cet accord débloque en partie une situation qui n’avait guère évolué depuis Copenhague.
 

Une des principales avancées prévues par l’accord de Cancun est donc la création d’un Fonds vert qui permettra aux pays en développement de s’adapter au changement climatique. Il distribuera une partie de l’argent promis par les pays développés, à savoir 100 milliards de dollars par an à partir de 2020.
 

En contrepartie de ces avancées, les pays présents à Cancun se sont résolus à maintenir le statu quo sur le protocole de Kyoto, seul texte juridiquement contraignant sur le climat existant à ce jour.
 

Selon les termes de l’accord, les signataires s’accordent pour repousser à 2011 les négociations sur l’avenir du protocole, sans prendre d’engagement de le prolonger au-delà de son terme.
 

Sa première phase d’engagements expire en 2012. De nombreux pays ont prévenu qu’ils ne prolongeraient pas le protocole, exigeant un nouveau traité incluant les autres pays émetteurs de gaz à effet de serre, à commencer par les Etats-Unis, la Chine et l’Inde.
 

Cependant, et cela constitue une autre véritable avancée, la Chine et l’Inde, qui se situent dans le tiers supérieur des pays les plus producteurs de gaz à effet de serre, sont contraints de les réduire. Et même si les modalités de cette réduction sont loin d’être établies, au moins tout le monde est d’accord sur ce point.
 

Par contre, l’agriculture est une grande absente du texte de Cancun. Elle représente pourtant  13% des émissions de gaz à effet de serre. Des centaines de millions de personnes dépendent des agricultures paysannes affectées par les effets du changement climatique. Elle est de plus un facteur clé du développement et de la lutte contre la pauvreté.
 

Les résultats de Cancun peuvent donc paraitre mitigés mais ils ont le mérite d’effacer ceux de Copenhague et prévoient un avenir nettement plus prometteur pour la 17ème conférence de Durban en Afrique du Sud fin 2011.
 

Serge LEPELTIER

13-12-2010

Climat, l’appréciation du risque doit-elle être laissée aux politiques ?

mardi 28 septembre 2010

Samedi dernier, j’étais invité à un débat sur le climat, à Lyon, organisé par Libération sur le thème ‘’Climat, l’appréciation du risque doit-elle être laissée aux politiques ?’’ avec Stéphane HALLEGATTE, ingénieur à Météo France et économiste au CIRED (Centre Internationale de Recherche sur l’Environnement et le Développement).

Ce fut un débat passionnant.
 

Il ressort essentiellement que les politiques doivent apprécier le risque, mais que les prises de décision doivent se baser sur des résultats scientifiques les plus récents.
 

Pour cela, ils doivent faire appel à l’expertise et aux experts.
 

L’expertise concourt à la recherche des faits techniques ou scientifiques, dans des affaires où le décideur se confronte à des questions hors de sa portée.
 

Le recours à l’expertise amène donc sans conteste une ou des solutions permettant de faire les bons choix. Et apprécier plus facilement le risque.
 

Mais cela implique également de savoir intégrer le savoir scientifique sans que les experts ne remplacent les politiques, seuls à avoir la légitimité citoyenne pour arbitrer entre différents risques et incertitudes en relation avec la population.
 

Il en est ainsi du changement climatique qui est véritablement la question à la frontière entre la science et le politique.
 

Les politiques doivent comprendre et apprécier le risque climatique pour juger des politiques possibles.
 

Ce changement climatique va-t-il être pris en compte suffisamment tôt pour que les mesures soient réellement efficaces ? C’est à cette question que nous devons répondre.
 

Les faits sont constatés : hausse de température de 1 °C au XXe siècle et à coup sûr, d’au moins 2 °C voire jusqu’à 5 °C ou 6 °C au XXIe.
 

L’écosystème a des difficultés d’adaptation tout à fait considérables. Les inondations, tempêtes, ouragans, cyclones se multiplient. A court et moyen terme, le niveau des mers augmentera de 50 centimètres, les risques de submersion des deltas, des lagunes et des marais sont évidents. A plus long terme, si rien n’est fait, le niveau des mers augmentera de 3 à 4 mètres.
 

Dans certaines régions de montagne, la durée d’enneigement baissera de près d’un tiers, remettant en cause l’équilibre économique des stations de sports d’hiver. D’un tiers à la moitié des glaciers disparaîtront.
 

A partir de ces constats, il est indéniable que les politiques doivent apprécier le risque et prendre des décisions à la hauteur des enjeux environnementaux.
 

Le gaz carbonique, principal gaz à effet de serre, met plus de cent ans à se concentrer dans l’atmosphère. Les décisions prises demain le seront donc pour les siècles futurs. Ce doit être l’honneur du politique de dépasser, face à de tels enjeux, le simple court terme pour une vision à moyen et long terme.
 

Serge LEPELTIER

28-09-2010